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Halte migratoire prénuptiale de la Barge à queue noire Limosa limosa limosa : réévaluation de la fonctionnalité des sites historiques de la façade Atlantique

Le Marais poitevin est connu pour être certainement le principal site de halte prénuptiale français pour la Barge à queue noire. En effet, plusieurs grands espaces de prairies humides, souvent des communaux, parsèment l’ensemble du marais et en font un réseau attractif pour les barges en halte prénuptiale. La Vallée du Lay, et plus particulièrement les communaux de Lairoux et Curzon (Vendée), peuvent ainsi accueillir plusieurs milliers d’individus lors des épisodes migratoires les plus importants.

Des suivis ont été réalisés depuis le début des années 1980 jusqu’à aujourd’hui, de février à mi-avril (Joyeux et al., 2014). Les sites accueillant habituellement le plus de Barges à queue noire en halte prénuptiale étaient prospectés tous les trois jours, les lundis et les jeudis. En 2017, le suivi a débuté dès la fin janvier jusqu’à la mi-avril, et était pour la première fois synchronisé avec celui réalisé en Basses Vallées Angevines.

Les effectifs de barges en halte prénuptiale observés en 2017 ont été historiquement bas, un des facteurs possibles étant la sècheresse qui a touché la France. Si la tendance à la baisse a de fait été accentuée en 2017 (un pic maximum à seulement 1600 individus cumulés sur l’ensemble du Marais poitevin, le 9 mars…), la diminution est régulière depuis le début des années 1990. Une analyse a été menée sur les données historiques de ces suivis, en les comparant et/ou les compilant à celles disponibles également en Basses Vallées Angevines. En parallèle, une réflexion a eu lieu sur la stratégie migratoire adoptée par les Barges à queue noire, en se fondant sur les dates de départs de la Péninsule ibérique et les dates de retour aux Pays-Bas disponibles dans la littérature. De plus, les données du programme néerlandais « King of the meadows » disponibles en ligne, ont été utilisées pour augmenter l’échantillon de données sur les barges : dates de départ de la Péninsule ibérique, dates et nombre de haltes en France (si elles ont lieu), date de retour aux Pays-Bas. Enfin, l’ensemble des lectures de bagues couleurs réalisé depuis 2006, cumulés aux données issues des balises, a permis de distinguer les individus selon les deux sous-populations connues (islandaise et continentale).

L’ensemble de ces données conduit à reconsidérer l’origine et la sous-population des individus observés en Marais poitevin. En effet, les dates de départ de la Péninsule ibérique et de retour aux Pays-Bas ne concordent pas avec les pics d’effectifs observés en Marais poitevin : ces derniers se situent parfois avant les dates de départ d’Espagne ou du Portugal, d’autres fois après les dates de retours aux Pays-Bas. L’interprétation des données des balises GPS couplée aux lectures de bagues permet de mieux comprendre ce phénomène.

En effet, chaque année (notamment en 2013 et 2014, plusieurs individus ne font pas de haltes en France (trajet direct entre la Péninsule ibérique et les Pays-Bas), voire une seule halte, parfois de courte durée. La halte en Marais poitevin ne serait également que ponctuelle (moins de 20 % des individus quelle que soit l’année). De plus, la compilation des lectures de marquages couleurs fait apparaître que, si les Basses Vallées Angevines connaissent une fréquentation majoritaire de Barges à queue noire continentales, ce n’est pas le cas du Marais poitevin qui, à cette période, accueillent surtout des Barges à queue noire islandaises au sein de ses zones humides.

Limosa l. islandica utilise habituellement des vasières littorales pour s’alimenter. Ce changement de comportement n’est en l’état pas encore expliquée (épuisement des ressources trophiques sur les vasières ?). Il questionne en revanche sur la pertinence de mesurer uniquement le flux prénuptial de Limosa l. limosa en Marais poitevin par ces suivis. Désormais, les deux sous-espèces étant présentes avec certitudes sur ces zones, il serait plus complexe, voire imprudent, d’évaluer la fréquentation du site pour la sous-espèce continentale.

Limosa l. limosa aurait donc ajusté sa stratégie migratoire, en privilégiant des haltes plus courtes ou des trajets directs vers les Pays-Bas. L’assèchement précoce des rizières en Afrique, et l’augmentation de celles-ci en Péninsule ibérique, l’aurait amené à remonter de façon plus précoce en Espagne et au Portugal. Elle conserverait probablement un régime alimentaire identique, à base de riz et non d’invertébrés (cas des zones humides françaises), lui permettant de conserver plus d’énergie tout en accumulant plus en fin d’hiver.

Ces conclusions montrent un intérêt moindre qu’auparavant des zones humides du Marais poitevin pour la Barge à queue noire, notamment sa sous-espèce continentale. Néanmoins, ce changement de stratégie n’est conditionné que par l’exploitation durable des rizières en Péninsule ibérique. La riziculture reste rentable sous conditions d’être subventionnée : une diminution des aides européennes entraînerait probablement à nouveau une utilisation plus importante des zones humides françaises pour la Barge à queue noire. Enfin, ces zones humides continuent d’accueillir une part de la sous-population continentale et donc des effectifs parfois importants de barges islandaises. La conservation de prairies humides reste donc prépondérante, pour la Barge à queue noire mais aussi d’autres espèces d’oiseaux d’eau.

Actions mises en œuvre : 1.3, 1.5, 3.3, 7.

Financements : Agence de l’Eau Loire-Bretagne (80,0 %), LPO France (20,0 %). L’Observatoire du Patrimoine Naturel du Marais poitevin, l’ONCFS et la FDC85 ont complété les suivis sur fonds propres.

Coût total du projet : 7 312,00 €.

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Sébastien Farau

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